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George-Albert Boulenger
19-10-1858 croix.gif 23-11-1937

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George-Albert Boulenger naquit à Bruxelles le 19 octobre 1858, fils de Gustave Boulenger, notaire à Mons, dont le père fut médecin à Dour, et de Juliette Piérart de Valencienne. Enfant il montra de bonne heure une grande passion pour l'histoire naturelle et pour les fleurs en particulier dont il aimait orner à profusion la demeure paternelle. Cette admiration spontanée pour la nature et les fleurs ne le quittera pas de toute sa vie et quand arriva l'âge de la retraite il s tournera à nouveau vers les favorites de sa jeunesse et consacrera à la botanique ses dernières forces non sans enthousiasme ni sans succès.
Il reçut une éducation privée et fut naturellement attiré par l'étude des Sciences Naturelles. C'est à l'Université libre de Bruxelles qu'il suivit les cours de la candidature en Sciences naturelles dès 1876 et c’est là qu'il eu l'occasion, sous l'égide du Prof. Yseux, d'acquérir les premières notions approfondies de Zoologie systématique.
Comme il aimait à le rappeler lui-même, un de ses premiers maîtres dans l'étude des Vertébrés à sang froid fut le grand naturaliste français Fernand Lataste, dont les travaux sur la faune herpétologique du S.O. de la France et de l'Afrique du Nord sont justement célèbres. On peut deviner que la prédilection qu'il montrera pour les recherches herpétologiques ont leur origine dans l'enthousiasme que montrait son ami français pour l'étude des Vertébrés tétrapodes à sang froid. Dès cette époque, et il conservera ce goût toute sa vie, il aimera particulièrement à observer et à décrire les mœurs des Reptiles et des Batraciens auxquels il consacrera, comme nous le verrons, de très belles publications.
Sa carrière débuta au Musée d'Histoire naturelles de Bruxelles où, dès 1876, en qualité d'Aide-naturaliste, il fut chargé de la détermination des Reptiles, Batraciens et Poissons. Il ne resta que deux ans dans cet établissement dont les collections de Vertébrés, peu importantes à cette époque, ne lui permirent pas de manifester sa valeur mais auquel il rendit cependant dans la suite le service éminent d'avoir le premier précisé le statut spécifique des fossiles qui ont rendu célèbre le Musée de Bruxelles = Iguanodon bernissartensis Boulenger.
C’est lui qui distingua deux espèces parmi les Dinosauriens géants découverts à Bernissart en 1878 = Iganodon mantelli Von Meyer, espèce déjà connue d’Angleterre et une espèce nouvelle qu’il dénomma Iguanodon bernissartensis. Les vues de Boulenger concernant l’existence de deux espèces furent contestées à l’époque, notamment par P.-J. Van Beneden, mais semblent avoir été reconnues exactes depuis par beaucoup de paléontologistes.
Comme nous le disions plus haut, Boulenger ne demeura pas longtemps au Musée de Bruxelles. Attiré par les collections et les sources bibliographiques des Musées de Paris et de Londres, il se fit rapidement connaitre dans ces établissements. Le Dr. A. Günther de Londres, grand ichtyologiste et herpétologiste de réputation mondiale, le tenait en grande estime et lui confia en 1880, dès son arrivée à Londres, la préparation d’un Catalogue descriptif des Batraciens du British Museum. Ce jeune homme de 22 ans réussit en deux ans la rédaction des deux volumes des Batraciens : « Catalogue of the Batrachia Salientia sive Ecaudata in the collection of the British Museum » (London 1882) et « Catalogue of the Batrachia Grandientia sive Caudata in the collection of the British Museum » (London 1882).
Il existait une première édition du Catalogue des Batraciens anoures du British Museum par A. Gunther (1858) contenant la description de 283 espèces dont 214 étaient conservées au British Museum, représentées par 1.691 spécimens. L'édition rédigée par Boulenger est presque entièrement originale. Boulenger y utilise des caractères ostéologiques qui permirent la distinction de maints genres nouveaux. Il nous donne la description de 8oo espèces (y compris 144 espèces nouvelles décrites par lui et 8 genres inédits) dont 522 figurent dans les collections du British Museum par 4.692 spécimens. Ces chiffres nous permettent de comprendre la signification des «Catalogues » de musée dans le genre de celui-ci. Ce sont des travaux systématiques synthétiques de grande envergure qui résument, pour une époque donnée, les connaissances générales concernant la classification d'un groupe d'animaux et le nombre connu de genres et d'espèces, synthèse objective basée non seulement sur l'examen, la comparaison et la redescription de toutes les espèces disponibles (les 2 /3 dans le cas du Catalogue des Batraciens anoures de Boulenger) mais tenant compte aussi des descriptions d'auteurs dans le cas des espèces non vérifiables. La classification adoptée par Boulenger était dérivée de celle de E.D. Cope, le premier à avoir tenu compte de la structure du squelette de la ceinture scapulaire en divisant notamment les Batraciens en Fir­misternia et Arcifera.. Cet ouvrage fut très apprécié et voici les termes élogieux dont il fut salué dans la préface par A. Gûnther : " The present work has been prepared by M. Boulenger, Aide-Naturaliste in the Royal Belgian Museum; and I feel confident that Zoologists will thankfully acknowledge the industry and  ability with which the author has performed the difficult task entrusted to him by the Trustees ".
Comme on le voit, Boulenger n'était à cette époque que collaborateur étranger du British Museum mais, à la suite de la publication dont nous venons de parler et endéans la même année, il fut nommé Assistant de 1re classe au British Museum, chargé des collections herpétologiques et ichtyologiques, et dans la suite il se fit naturaliser Anglais (en 1902). Il ne quittera le British Museum qu'en 1919 après une longue carrière de 40 années de travail quasi ininterrompu, durant laquelle il accumula une étonnante production scientifique dans le domaine de la systématique des Amphibiens des Reptiles et des Poissons.
Son second travail (publié onze mois après le premier) fut la révision des Amphibiens non anoures : " Catalogueof the Batrachia gradientia s. caudata and Batrachia apoda" c’est-à-dire les Urodèles et les Gymnophiones. Boulenger y décrit 101 espèces dont sept nouvelles se rapportant à des genres inédits. Les progrès réalisés sont tels qu'ils permettent à l'auteur la rédaction d'un chapitre spécial sur la distribution géographique des Batraciens, fort remarquable pour l'époque. Il remarque que la distribution des Batraciens " agrees in general with that of Freshwater Fishes; whilst other groups of cold-blooded Vertebrata, the Lacertilia for instance, were subject to a totally different plan of dispersion, which is better expressed by the divisions proposed by Sclater " C'est ainsi que Boulenger est amené à envisager la zone septentrionale caractérisée par l'abondance des Caudata (Uro­dèles)  et  l'absence  des  Apoda,  la  « Zone équatoriale »,  caractérisée par les Apoda ou l'absence d'Urodèles. Cette zone est en outre subdivisée par lui en deux divisions : la division des Firmisternes  (région indienne et région africaine) et la division des Arcifères (région d'Amérique tropicale et région australienne). Il subsiste une grande part de vérité dans ce grand panorama de la distribution géographique des Batraciens mais le compartimentage n'est pas aussi tranché que Boulenger le croyait. C'est ainsi que les Pipidae (ou  Crapauds Aglosses d'Amérique du Sud) sont représentés en Afrique par les Xenopus et les Hymenochirus qui ne forment pas de famille distincte (les Dactyletkridae), mais, comme il le disait lui-même, ce qui est significatif dans la distribution des Amphibiens est une question de prédominance et non d'exclusivité. Seule une synthèse de l'importance des Catalogues of the Batrachia " permettait de telles généralités. Mais pour Boulenger ce n'était là qu'un début, l'amorce d'une œuvre que peu ont osé entreprendre, l'inventaire de tous les Vertébrés à sang froid : Batraciens, Reptiles et Poissons. Les Reptiles font l'objet de trois œuvres monumentales: Catalogue of Snakes ", " Catalogue of Chelonians, Rhynchocephalians and Crocodiles " et " Catalogue of Lisards ". Le Catalogue of Snakes in the British Museum ", en 3 volumes, parus de 1893 à 1896 est également une monographie du groupe considéré,  donnant pour toutes les espèces les caractères zoologiques, la distribution géographique et la synonymie, que l'espèce soit ou non représentée dans les collections du Musée. En fait, Boulenger arrive à définir 1639 espèces, soit plus du double du total des espèces traitées dans les catalogues parus antérieurement. C'est en même temps un travail critique d'une grande portée, car c'est un total de 7335 noms que l'auteur a du soumettre à un examen approfondi pour en discuter la validité. Dans le nombre des espèces traitées, il faut savoir en outre qu'il englobe 148 espèces décrites par lui-même, dont 32 genres inédits.
Enfin, toutes les espèces retenues et précisées sont placées dans des clefs de détermination que Boulenger appelle des «Synopsis ». Les Synopsis de Boulenger sont non pas des clefs dichotomiques mais des tableaux comparatifs d'unités taxonomiques : familles, genres et espèces, établies à l'aide de plusieurs caractères choisis pour leur intérêt évolutif et permettant le groupement des espèces en plusieurs catégories, elles-mêmes subdivisées en sous-groupes, etc., chaque unité réunissant pour finir plusieurs espèces en nombre variable ayant un maximum de traits communs. De telle manière, que la comparaison finale des espèces les plus voisines en est énormément facilitée puisque leur séparation est basée sur un complexe de caractères dont l'ensemble est spécifique. De tels synopsis permettent une première approche de la détermination, d'une manière beaucoup plus précise que ne le pourrait une simple  clef  dichotomique.  Ensuite, les descriptions spécifiques sont là pour permettre si nécessaire, par l'examen de tous les caractères diagnostiques, une confirmation de la détermination préalable.
Non content de parfaire cette étude monumentale des  Serpents, Boulenger s'attela pratiquement en même temps au Catalogue des autres Reptiles. La série toute entière des Catalogues consiste en neuf volumes  deux sur les Amphibiens (1882), trois sur les Lézards (1885-87), un sur les Rhynchocéphales, Chéloniens et Crocodiles (1889), et trois sur les Serpents (1893-96). Ces études furent basées initialement sur 4.413 espèces connues dont un grand nombre représentées dans les collections du British Museum par 28.642 spécimens. Mais les nombreuses additions aux collections que provoquèrent ses études ont encore augmenté ces nombres, grâce à l'assistance que lui apporteront de nombreuses collections étrangères.
C'est ainsi que, grâce aux travaux de Boulenger, les collections herpétologiques du British Museum montèrent à 3.905 espèces et 38.086 spécimens, le nombre d'espèces de Vertébrés tétrapodes à sang froid reconnues par lui, était naturellement plus grand et s'élevait à 5.170. C'est pourquoi Boulenger avait raison de dire que la collection du British Museum était, à l'époque de la clôture de ces remarquables catalogues herpétologiques, les plus riches du monde, avec le plus grand caractère universel.
Cette esquisse de l'œuvre herpétologique de Boulenger ne serait pas complète Si nous omettions de citer trois ouvrages importants  «  The Fauna of British India, including Ceylon and Burna -Reptiha and Batrachia (Londres 1890)", "Vertebrate Fauna of the Malay Perninsula - Reptilia and Batrachia (Londres 1912) " et "A monograph 0f the South Asian, Papuan, Melanesian and Australian Frogs of the genus Rana" (Rec. Ind. Mus. XX, 1920). Ceux-ci témoignent de l'intérêt que Boulenger porta à l'herpétologie de l'Orient. Enfin, un de ses groupes de prédilection étant celui des Lézards, il en résulta la "Monograph of the Lacertidas " en 2 volumes (1920 et 1921), le second paru quand il était déjà retraité. C'est une étude inestimable d'un spécialiste chevronné arrivé au faîte de son expérience.

*  *  * 

En 1897, s'ouvrait à Tervuren une section congolaise de l'Exposition  internationale  de Bruxelles. Organisée par les soins de l'État indépendant, elle donnait au public un aperçu très remarquable de la faune et de l'ethnographie congolaise. Dans une galerie souterraine, se trouvaient de vastes aquariums de liquide conservateur dans lesquels étaient suspendus à des flotteurs de verre de nombreux poissons, qu'à l'initiative de la « Société belge d'études coloniales », Wilverth et deux collaborateurs avaient récoltés dans les eaux congolaises quasi explorées pour la première fois. Dès l'abord, Boulenger fut extrêmement frappé car, à première vue, il avait compris combien cette faune africaine était riche et inconnue. Il demanda la faveur de pouvoir en entreprendre l'étude. Entretemps le succès de cette section congolaise fut tel que le Roi Léopold II décida d'en faire une institution définitive. Ainsi fut créé le Musée du Congo dont le caractère scientifique fut dés l'abord souligné par l'adjonction d'une commission technique chargée de veiller à son développement. Elle était composée de spécialistes éminents, parmi lesquels les Zoologistes Boulenger, Dubois et Dautzenberg. Boulenger, en particulier, prit un vif intérêt au développement des collections ichtyologiques et non seulement à leur étude mais aussi à leur accroissement. C'est lui qui provoqua notamment l'envoi en mission de P. Delhez à qui nous devons de magnifiques collections congolaises accompagnées de notes de coloration sur beaucoup d'espèces.
L'étude des collections ichtyologiques, d'abord rassemblées par MM. Wilverth, Wagenaar et De Bauw et ensuite par L. Delhez, prit une ampleur inattendue et Boulenger proposa la publication de ses résultats dans les Annales du Musée. C'est lui qui fut l'initiateur de la magnifique collection des Annales in -4° du Musée du Congo, en fixant notamment le format qu'il estimait indispensable pour la publication des planches. Ainsi fut permise la publication par Boulenger des magnifiques « Matériaux pour la faune du Congo »  (1898-1900). Le tome I est un important volume accompagné de 56 planches lithographiques dessinées sous la direction de l'auteur par P. J. Smit et J. Green, planches représentant toutes les espèces décrites, souvent grandeur nature ou peu réduites. Ce sont de véritables portraits, d'une  facture admirable, illustrant merveilleusement la première grande publication sur les Poissons d'Afrique centrale. L'ensemble de l'ouvrage donne un premier aperçu, déjà combien varié, de la  faune  ichtyologique du bassin hydrographique congolais, une des plus riches du monde et que Boulenger eut le privilège de faire connaître le premier. Le grand naturaliste avait compris la chance inespérée qu'il avait eue d'entamer l'étude d'un domaine aussi passionnant et encore vierge, et il réussit à lui consacrer par la publication précitée un des volumes les plus richement présentés de l'histoire de la littérature ichtyologique. Il est implicitement dédié à tous les officiers et employés de l'État indépendant du Congo qui ont découvert les espèces décrites ainsi qu'au naturaliste P. Delhez, spécialement choisi par Boulenger, comme nous l'avons dit plus haut, en vue d'une mission d'exploration destinée spécialement à la récolte de la faune ichtyologique congolaise.  Dans la préface de  ce premier volume, Boulenger écrivait avec fierté dès l'année 1900 : « Trois » années seulement se sont écoulées depuis la  clôture de l'Exposition Congolaise de Tervuren dont les poissons qui y furent exposés ont fourni le nucleus de la collection du Musée du Congo et déjà nous possédons les matériaux d'une  faune ichtyologique qui surpasse de beaucoup, par le nombre des espèces et la variété des formes génériques, celle des autres bassins de l'Afrique, tant mieux explorés. Le présent volume en fait foi, puisqu'il renferme les descriptions de 145 espèces nouvelles et de 24 genres nouveaux ». D'aussi nombreuses descriptions accumulées en si peu de temps peuvent paraître faciles à certains et la simplicité, autant que la clarté des diagnoses spécifiques, un travail assez simple et même superficiel. Qu'on ne s'y trompe pas cependant, la systématique des Poissons n'est pas aisée et la distinction des espèces est difficile, Elle requiert beaucoup d'expérience et de sagacité. Boulenger ne fut pas infaillible mais il ne se laissa pas leurrer bien souvent. Le peu de synonymes c’est-à-dire de suppressions d'espèces, qu'entraînèrent   ses   innovations   taxonomiques, témoignent de la sûreté de son jugement. Voici un exemple de la valeur scientifique de son travail de systématicien  sur les 145 espèces nouvelles citées ci-dessus et décrites dans le Tome I des «Matériaux pour la jaune du Congo », seulement 14 espèces ont été mises en synonymie dans la suite et jusqu'à nos jours.
Là ne s'arrêtèrent pas les contributions de Boulenger aux Annales du Musée du Congo. En effet, le Tome II de la série zoologique, à part un article mammalogique de deux pages d'Oldfield Thomas, est entièrement de l'écriture de Boulenger, et consacré à la description pour un tiers de Reptiles et de Batraciens nouveaux et pour deux tiers à la description de Poissons nouveaux supplémentaires.
L'importance des découvertes ichtyologiques congolaises, concrétisées dans les Annales du Musée du Congo au fur et à mesure des découvertes faites par les fonctionnaires de l'État indépendant, ainsi que les matériaux congolais supplémentaires conservés dans d'autres musées européens, incitèrent Boulenger, à publier dès 1901 le premier traité d'un grand groupe d'animaux envisagé sur toute l'étendue du bassin du Congo; « Les Poissons du Bassin du Congo», Bruxelles 1901 (Public. de l'État indépendant du Congo). Une telle Faune était sans doute prématurée, puisqu'elle n'était basée que sur 221 espèces alors que nos connaissances actuelles nous permettent de dire que la faune ichtyologique du Congo compte au moins cinq fois autant d'espèces. Mais jamais précisément Boulenger n'a  reculé l'échéance d'une synthèse quand il estimait que l'accroissement des connaissances justifiait une telle mise au point. A propos du livre dont il est question, il écrivait : « C'est un ouvrage qui permet de se rendre compte de l'état de nos connaissances sur les poissons du bassin congolais et qui peut servir de point de départ à des études plus approfondies ». Pour une œuvre qui fut si utile dans la suite à bien des chercheurs, Boulenger consacra pendant plus de deux ans, les loisirs que lui laissaient ses occupations officielles.
Celles-ci, d'autre part, lui permirent d'étendre considérablement ses études sur les poissons d'eau douce de l'Afrique au-delà du bassin du Congo. Citons plus spécialement  " The fishes of the N ile " (London, in 4°, 1907) admirable publication comprenant un volume de texte de 578 pages, un autre de 97 planches lithographiques publiées pour le Gouvernement égyptien, comme les Annales du Musée du Congo le furent pour le gouvernement de l'État indépendant. La connaissance de la faune du Nil n'était pas plus avancée que celle du Congo et, à l'appel du Dr. John Anderson, du Président de la Royal Society, du Président de la Linnean Society, du Directeur du British Museum (N.H.) et du Secrétaire de la Zoological Society, le Nil fut exploré et sa faune ichtyologique  soumise  aux études de G.A. Boulenger, grâce aux magnifiques prospections réalisées par Mr. Loat. Par ce travail, Boulenger parvint à doubler le nombre des espèces connues du Nil, établissant ainsi une faune très complète qui n'a subi que peu de modifications dans la suite, sauf pour la partie des lacs du cours supérieur.
Cette magistrale étude permit, entre autres, d'intéressantes comparaisons zoogéographiques, Boulenger constatant que seulement 15 espèces étaient communes aux bassins du Nil et du Congo. L'état d'avancement de ses études ichtyologiques africaines était tel que dès 1905 Boulenger, dans une adresse à la section de Zoologie du Congrès sud-africain de la "British Association faisait le point, dans une brillante synthèse, sur la zoogéographie ichtyologique de l'Afrique "The distribution of African Fresh-Water Fishes".
Il en établissait d'emblée le plan général qui n'a subi que des perfectionnements et des subdivisions secondaires dans la suite  " In the present state of our knoledge of the fresh¬-water fishes, Africa may be divided into five sub-regions,  the discussion of the further subdivision of which would exceed the limits of this  Address : 1. The  North-Western Sub-region, or Barbary, and the Northern Sahara, properly forming part of the Palae¬"arctic  region  2. The  Western-Central Sub¬-region, with ail the great rivers and lakes, extending to the Nile Delta and the mouth of the Zambezi, for which the term Megapoto¬mian Sub-region has been suggested to me by Dr. Sclater. 3. The Eastern Sub-region¬ Abyssinia, with the upper tributaries of the Blue Nile, and the countries east of the Rift Valley and north of the Zambezi.
4. The Southern Sub-region, ail the waters south of the Zambezi system. 5. Madagascar ".
Cette belle synthèse n'était basée que sur un inventaire encore très incomplet de la faune ichtyologique dulcicole de l'Afrique. Mais les progrès des connaissances justifiaient cette mise au point. En effet les vingt-cinq années qui la précédèrent avaient vu le nombre des espèces connues de poissons africains passer de 350 à 976, que Boulenger répartissait en 43 familles. Cette faune déjà si variée, méritait une mise au point à l'échelle africaine et Boulenger, une fois de plus, n'avait pas hésité à le faire. Mais il se rendait parfaitement compte qu'il fallait poursuivre les recherches et les prospections. Ce qu'il fit sans désemparer, encourageant de tous côtés les récoltes, dirigeant même les recherches vers les régions les moins connues et décrivant sans faiblir et sans attendre au fur et à mesure des arrivages, les nouveautés nombreuses qui lui parvenaient. Les collections du British Museum augmentaient sans cesse et vint le moment où un nouveau Catalogue devint nécessaire, celui des Poissons d'eau douce de l'Afri¬que : " Catalogue of the Freshwater Fishes of Africa in the British Museum (Natural History) dont 4 volumes parurent successivement de 1909 à 1916. Cette œuvre magistrale est la bible des  ichtyologistes  africains, indispensable à tous ceux qui poursuivirent les études dans le même domaine. C'est une œuvre qui a réussi à promouvoir les  recherches  sur les Poissons d'Afrique au détriment de celles sur les Poissons des autres parties du monde, l'Amérique du Sud par ex, qui est très en retard, précisément parce que pour cette partie du monde aucun Boulenger n'a encore entrepris un travail d'ensemble analogue à ce que ce dernier a fait pour l'Afrique. Au sujet de la collection du B.M. cataloguée par l'auteur, celui-ci écrivait fièrement :
"The collection, the arrangement of which is now completed, is certainly the largest ever brought together and described from the fresh waters of any part of the world, comprising as it does over 15.000 specimens, or more than one half of the total number of fishes in the British Museum at the conclusion of Dr. Gunther's Catalogue in 1870. At that date - a land mark in the history of systematic Ichthyology  - very little was known of the fresh-water fishes of Africa, and even ten years later, in his study of Fishes, Dr. Günther assessed the number of species then known at 255 only, intentionally omitting a few forms such as occur also in the sea (the Anguillîdae and Mugilidae, for instance).
In a list compiled by me ten years ago, the number of species was estimated at 974.   1423 are described in the present work. In addition to the 15.000 specimens in the Museum, it has been my priviledge to examine a nearly equal number, principally from the Nile Survey, the Congo (Tervuren), Genoa, Paris,  S. Africa and Luxem¬bourg Museums etc... "
Dans son grand catalogue des Poissons d'eau douce d'Afrique, Boulenger décrit soigneusement et sobrement 1425 espèces y compris 753 espèces dont il est l'auteur et 70 genres innovés par lui également, ce qui revient à dire qu'en 1916 (date de la parution du 4ième volume du catalogue) Boulenger avait établi le statut spécifique de la moitié de la faune ichtyologique de l'Afrique. On reste confondu devant l'ampleur d'un tel travail qui représente un labeur presque surhumain, d'autant plus que son activité n'a jamais été limitée à une seule publication à la fois. On peut donc se demander comment de tels travaux peuvent voir le jour en un laps de temps aussi court. Malcolm Smith (1938) dans une brève notice consacrée à la carrière du grand disparu avec lequel il eut le privilège de collaborer à la fin de son séjour au British Museum, parle en termes éloquents de la puissance de travail et de la sobriété des moyens mis en œuvre par le grand ichtyologiste, sobriété qui lui épargna bien du temps mais qui demandait une grande sûreté de main et de coup d'œil, aidée par une mémoire exceptionnelle : " His remarkable me¬mory was of course the secret of the speed at which he worked. He wrote with equal facility. Once he had decided what he wanted to say he had no difficulty in expressing himself and bis writings are models of conciseness and clarity. He seldom made a second draft of anything he wrote and the manuscripts of his that I have seen shew but few corrections. They went straight to the publisher. They were never typed and he never employed a typist ".  Malcolm Smith raconte encore que, travailleur infatigable, Bou¬lenger arrivait au Musée à 9 heures et ne le quittait généralement pas avant 6 h. du soir, sauf pour le lunch. Et bien souvent les soirées d'été le voyaient revenir après diner.
Mais le détail le plus surprenant, qui étonnera certainement les zoologistes de notre époque, c'est l'absence quasi-totale d'instrumentation qui caractérisait ses études. Toutes ses observations et mesures étaient faites avec la seule aide d'une petite loupe à main  Il arrivait ainsi à compter et à mesurer des structures qu'aucun naturaliste n'accepterait d'entreprendre de nos jours sans microscope binoculaire. Boulenger n'a jamais bénéficié de grandes facilités de recherches, climat apparemment habituel des laboratoires d'histoire naturelle à cette époque. Nous le voyons Sur une de ses plus sympathiques photographies des dernières années de Sa carrière muséologique, prise par G. F. de Witte, assis, livré à ses réflexions, devant une table encombrée de livres et de bocaux, portant une simple cuvette contenant le spécimen litigieux. Quoique n'admettant pas la nomenclature trinominale et plus particulièrement les noms teutonymiques, ce qui lui a valu maintes critiques, il attachait pourtant la plus grande importance aux sous-espèces qu'il désignait sous le nom de variétés, mais non de simples variétés de coloration. La zoologie systématique n'était cependant pas pour lui uniquement une étude de morphologie externe. Il donnait fréquemment des détails anatomiques, souvent facilement accessibles mais bien choisis, et n'oubliait pas les structures squelettiques, se basant alors sur des préparations squelettiques à sec réalisées sous Sa direction par ses préparateurs.
Boulenger acquit ainsi une grande expérience générale des Vertébrés inférieurs qui se concrétisa un jour par sa collaboration à un grand traité de Zoologie " The Cambridge Natural History " dans lequel il assuma la rédaction du chapitre de la Systématique des Téléostéens. Il y fait œuvre originale grâce à l'étude des squelettes "a large number of skelettons have been prepared in the British Museum with the object of settling open questions, and this material has enabled me to draw up a scheme of classifica¬tion which, whatever its defects, and however provisional, I feel sure is on the whole an improve¬ment on those hitterto proposed, and especially on that generally in use in this country. "
Il divise l'« Ordre des Téléostéens » en 13 sous-ordres, ce qui est un progrès sur les classifications antérieures mais il faudra attendre encore de longues années pour en arriver aux classifications modernes de plus en plus morcellées mais certainement de plus on plus naturelles. Comme nous l'avons vu plus haut, Boulenger était conscient de la difficulté de son entreprise et même, comme nous l'admettons aujourd'hui, du caractère artificiel probable du groupement des Téléostéens.
Dans le domaine des Poissons, Boulenger est encore l'auteur du vol. I d'un " Catalogue of the Perciform Fishes in the British Museum " (2e édition 1895> qui entamait à l'échelle mondiale une réédition du grand catalogue des Poissons de A. Günther, mais il a dû s'apercevoir très vite qu'il importait davantage et d'abord de faire des monographies à l'échelle régionale, telle le grand catalogue des Poissons africains, ce qui l'a vraisemblablement fait abandonner une telle réédition, Celle-ci n'a pas été continuée dans la suite, par personne d'ailleurs, devant la tache immense des prospections marines ou d'eau douce qui restaient à faire et qui restent encore à faire à l'heure actuelle avant d'entreprendre la rédaction d'un nouveau Catalogue ichtyologique mondial.
L'œuvre zoologique purement systématique de Boulenger ne se résume pas à ces œuvres magistrales qu'il convenait de présenter pour commencer et qui classent leur auteur parmi les plus grands Zoologistes de notre temps. Il est encore l'auteur de 876 articles de revues totalisant plus de 5.000 pages touchant tous les domaines de l'herpétologie et de l'ichtyologie. Leur liste complète (à l'exception de Sa dernière note : " Description de Caecobarbus geertsii", le célèbre Barbeau aveugle de Thysville, publiée après et qui fut un dernier travail ichtyologique) est inventoriée dans la « Liste des publications ichthyologiques  et  herpétologiques  (1877-1920) de  G.  A. Boulenger»  (Ann.  Soc.  R. Zool. et Malacol. Belgique, LII,  1921), publication de 77 pages ! Certes, beaucoup de ces articles sont des notes préliminaires et descriptives dont les données ont été reprises dans les monographies ultérieures, mais beaucoup viennent aussi compléter ces dernières dont la parution s'effectua au début de la carrière de Boulenger ce qui motiva dans la suite des additions et des informations complémentaires. La » Liste des publications  susmentionnée comporte un répertoire des « noms nouveaux proposés par l'auteur », une sorte d'inventaire de tous les vertébrés inconnus avant lui et qu'il fut le premier à faire connaître. Ils forment une longue liste de 1.096 espèces de Poissons, 556 espèces de Batraciens et 871 espèces de Reptiles !  On reste confondu devant une telle activité qui témoigne d'un enthousiasme et d'une persévérance qui ne se sont pas relâchées un instant pendant tout le temps que Boulenger travailla au Musée de Londres. Et l'admiration et le respect pour ce grand travailleur vont en croissant quand on apprend à mieux connaître ses écrits et à s'en servir. Ce sont des travaux bien faits et bien raisonnés dont la valeur scientifique se mesure à la masse de faits nouveaux qu'ils apportent et aussi à leur utilité à promouvoir les recherches ultérieures. Les travaux de Bou¬lenger marquent une étape importante dans nos connaissances systématiques de  l'ichtyologie et de l'herpétologie de l'ancien monde. Près de cinquante ans après la parution de la dernière publication zoologique de l'auteur, ses publications sont toujours très consultées. On réédite ses « Catalogues » dont plusieurs viennent précisément d'être remis en vente. Ce sont des travaux de base indispensables aux systématiciens qui se consacrent aux recherches sur les Poissons, Batraciens ou Reptiles. Comme toutes les Sciences, la Systématique est en constante évolution et se perfectionne sans cesse. Certaines familles traitées par Boulenger, telles que les Cyprino¬dontidae et les Cichlidae ont subi depuis de grands changements taxonomiques, c’est-à-dire de nomenclature, touchant le statut générique des espèces mais ces perfectionnements furent permis grâce aux études de Boulenger car elles présentent des espèces clairement définies et le plus souvent très bien représentées et classées et dont la validité est presque toujours fermement établie.
L'œuvre systématique de Boulenger est un monument solide et durable qui a fait progresser nos connaissances à un rythme inconnu avant son époque et inégalé par la suite. Certes, il a eu la chance d'arriver à une époque de grande recrudescence des découvertes zoologiques et notamment le début des prospections africaines, d'emblée riches en nouveautés systématiques et à une époque «la belle époque » où régnait un certain calme politique. Mais qui aurait mieux que lui, profité de ces circonstances favorables, qui se seraient plus que lui dépensé sans compter pour mettre à profit les matériaux, d'une telle ampleur, qui furent mis à Sa disposition?
Mais Boulenger n'était pas seulement un Zoologiste systématicien de Musée. C'était un excellent naturaliste qui avait grand plaisir à étudier les mœurs des Reptiles et des Batraciens, pour lesquels il semble bien qu'il montrait une réelle prédilection. Il aimait se rendre à Wavreille en Belgique (Prov. de Namur) où il aurait voulu finir sa vie. Il savait pouvoir y observer la plupart des Batraciens et Reptiles de nos régions: le Sonneur, l'Alyte, le Crapaud Calamite et le Crapaud commun, la Grenouille verte et la Grenouille rousse, la Rainette, les 4 Tritons, la Salamandre terrestre, la Vipère, la Coronelle et la Couleuvre à collier, l'Orvet le Lézard des murailles, le Lézard vivipare. En fait, on y trouvait tout sauf le Lézard agile, le Pélobate et la Grenouille oxyrbine. Certains crapauds étaient si abondants en été, tel le Crapaud accoucheur ou Alytes, que le concert de leur chant nocturne était une curiosité dont il conseillait l'audition à ses amis. Comme consécration de ses observations patientes, il publia à la Ray Society de Londres,  (1896-1897) en 2 volumes : " The Tailless Batrachians of Europe ", véritable faune très détaillée, même au point de vue anatomique mais aussi précieuse par la description des métamorphoses, des mœurs et la distribution géographique. Les admirables planches en couleur représentant toutes les espèces sont un modèle du genre encore inégalé à l'heure actuelle.
Il eut le bonheur de trouver en Belgique à Brasschaet, en compagnie de son disciple et ami: G. F. de Witte, une grenouille que personne n'avait observé avant lui à l'Ouest du Rhin:
la grenouille oxyrhine (Rana arvalis), trouvaille à laquelle il consacra une note spéciale en 1918. Il n'a pas en l'occasion de faire beaucoup de récoltes dans la nature mais cela lui arriva une fois et il inventa à cette occasion une méthode bien à lui pour conserver au frais les petits Batraciens I C'est ainsi qu'au cours du seul voyage qu'il entreprit en Afrique, en Afrique du Sud, en 1905 il ramassa de petites grenouilles pendant une halte du train. Ne sachant où les mettre, il les mit en bouche jusqu'à ce que le train se remit en marche pour les examiner alors à son aise. Comme il s'en était douté, il s'agissait d'une espèce inconnue L'étude des Batraciens l'amena à publier à Paris dans l'Encyclopédie scientifique, un petit livre très connu : « Les Batraciens et principalement ceux d'Europe » (1910) fruit d'une longue expérience et riche en renseignements de toute  espèce  y compris une bibliographie complète. C'est, disait Boulenger dans sa préface «l'état actuel de la Science en ce qui concerne l'organisation, le développement et les mœurs » d'un groupe au sujet duquel nos connaissances ont fait de grands progrès dans ces dernières années *. Mais ce qu'il ne disait pas c'est que ces progrès étaient principalement dus à Sa propre activité.
Néanmoins G. A. Boulenger ne montra dans le domaine zoologique qu'une activité assez restreinte sur le terrain. Au contraire, il en fut différemment dans le domaine botanique. Il s'était toujours intéressé aux fleurs et dans les dernières années de Sa vie à Londres, il consacra tous ses loisirs à la rhodologie, étudiant surtout dans la nature. L'amour de la botanique prit dans la suite complètement le dessus et ce chercheur infatigable ne trouva rien de mieux, une fois venu l'âge de la retraite, que d'entreprendre, après une carrière de Zoologiste si bien remplie, une carrière de botaniste. Car ce sont bien les vingt dernières années de sa vie qu'il consacra à l'étude des roses. Dans la belle biographie que W. Robyns consacra à G. A. Boulenger, et spécialement à son œuvre rhodologique, nous pouvons lire: « Encouragé par E. De Wildeman, alors Directeur du Jardin botanique de l'État à Bruxelles, et par le Conseil de Surveillance de cet établissement, il adressa, fin mars 1920, une requête au Ministre de l'Agriculture, sollicitant son admission au Jardin botanique de l’état, à titre d'Attaché libre et sans rémunération, pour s'y adonner à l'étude des Roses de l'Herbier Crépin. Cette requête fut acceptée par le Ministre, et Boulenger abandonna dès lors la Zoologie. De temps à autre cependant il consacrait une journée à l'herpétologie pour venir travailler avec son élève G. F. de Witte. Il liquidait sa riche bibliothèque scientifique et, en automne 1920, il s'installait définitivement à Bruxelles, à l'hôtel, pour commencer la révision de l'Herbier Crépin, ainsi que des manuscrits et notes laissés par le grand spécialiste. A partir de ce moment Boulenger,  fidèle  à ses habitudes régulières de travail, consacra plusieurs heures par jour, sauf pendant l'été, à ce travail qu'il s'était imposé. Pendant l'été et dès le mois de juin, il partait à l'étranger pour poursuivre ses études des Roses dans la nature. Il revenait avec de nombreuses notes prises sur le vif qui lui servirent à poursuivre ses études à Bruxelles ».
Ainsi s'élaborèrent une série de 34 publications rhodologiques y compris «Les Roses d'Europe de l'herbier Crépin », près de1.000 pages en 2 volumes (1924-1932). Il faut la compétence d'un Botaniste  pour  apprécier l'œuvre  botanique de G. A. Boulenger. W. Robyns (1938) en a donné une analyse très remarquable résumant même pour les lecteurs sa classification des Roses de l'Ancien monde. Boulenger avait commencé l'étude des Roses d'Amérique et il est extrêmement dommage que la mort l'ait empêché de mener cette œuvre à bien ce qui lui aurait permis de terminer l'étude des Roses du monde entier.
W. Robyns déclare «ces études l'avaient amené à une connaissance d'ensemble du genre que pas un spécialiste ne semble avoir eue avant lui ». Il n'est pas exagéré de dire qu'il en fut de même pour toute son œuvre scientifique. Il a fait progresser la connaissance des Poissons, Batraciens et Reptiles de l'ancien Monde dans des proportions inégalées et que personne ne semble avoir atteintes jusqu'à présent.
Il est intéressant de connaître l'opinion d'un si grand systématicien sur un problème qui finit par préoccuper tous ceux qui s'intéressèrent assez longtemps à la même discipline, à savoir le problème de l'origine de l'espèce. Cette opinion est difficile à trouver dans son œuvre qui, malgré son importance quantitative se caractérise par une grande concision et un style sobre et dépouillé que n'embarrassent que très peu de digressions théoriques. Ce n'est qu'à la fin de Sa vie qu'il condescend à sortir quelque peu de sa réserve (toute anglo-saxonne malgré son origine belge) et à nous faire part de quelques réflexions théoriques. C'est dans le vol. I de ses « Roses d'Europe » qu'il nous exposera ses vues sur l'origine des espèces  « Pour ma part, je vois partout dans les groupes que j'étudie une sorte de prédestination dont les séries dérivatives progressives ou régressives, souvent parallèles, sont l'expression. De même que l'individu à son origine contient en lui tous les attributs qui se dérouleront successivement jusqu'à l'état sénile,  chaque type généralisé d'un groupe posséderait à l'état latent des potentialités strictement limitées, qui se développeront au cours de l'évolution, en séries orthogénétiques, c'est-à-dire visant un but déterminé, sans l'intervention nécessaire de la sélection naturelle, sans l'influence directe de l'entourage, mais à condition, bien entendu, de rencontrer un milieu qui ne rende pas les modifications désavantageuses et d'être soustraites à une compétition qui exclurait les formes nouvelles et cela jusqu'à un degré de spécialisation qui constitue un terminus, au delà duquel la série est épuisée et s'éteint. »
Cette théorie, comme le dit W. Robyns, qui a été reprise sous le nom de théorie de l'hologenèse par de Rosa, répond d'après Boulenger aux faits et lui semble amplement confirmée par la paléontologie des Vertébrés. Ces idées sont évidemment dépassées. Elles mettent en valeur un certain aspect de l'évolution dont il faut tenir compte mais qui n'a dans le problème du mécanisme de la spéciation qu'une importance secondaire. On doit s'étonner de l'indifférence de l'auteur vis à vis de «l'influence de l'entourage » lui si averti cependant des variantes de la distribution zoo géographique des organismes qu'il a étudiés et qui témoignent d'une flagrante influence du milieu, telle qu'elle se manifeste par exemple au lac Tanganyika dont il eut, un des premiers, l'occasion d'étudier la faune extraordinaire. Mais ne reprochons pas au grand Systématicien de ne pas avoir approché de plus près un problème que nous ne comprenons pas encore nous-mêmes et admirons plutôt la prudence de ses vues dans un domaine Si controversé, surtout à son époque.
G. A. Boulenger était d'un caractère sévère et plutôt exigeant mais extrêmement accueillant pour les jeunes. Son disciple, G. F. de Witte herpétologiste belge bien connu a été souvent à rude école mais il lui est resté profondément reconnaissant. Je n ai personnellement pas eu le bonheur de collaborer avec lui ni de le fréquenter d'assez près à la fin de Sa vie bien que j 'ai eu le privilège de le rencontrer encore à diverses reprises à la Société Royale Zoologique de Belgique par ex. dont il fut président. Mais à cette époque> où commencèrent mes études ichtyologiques (1933), Boulenger ne fréquentait plus guère le Musée de Tervuren, absorbé qu'il était par ses roses. C'était un gentleman, de belle prestance, tenant beaucoup à ses principes. Il ne supportait pas la légèreté, l'imprécision ou les incorrections ni dans le langage ni dans les textes. C'est ainsi qu'il publia dans le Bull. Ac. R. de Belgique (5e série, XXIII, 6, 1937) un article intitulé  « Quelques conseils aux Naturalistes, sur la façon de s'exprimer dans leurs publications et au sujet de certaines fautes à éviter », article qui met en relief ce qu'il réussit à éviter toute sa vie et qui donne à toute son œuvre son caractère de haute conscience et de pureté.
De caractère austère, il aimait cependant la musique et notamment le violon. Il aimait aussi le théâtre et surtout l'opérette jusqu'à soutenir les acteurs dans la misère. Par ex., à Bruxelles, ce fut le cas pour la créatrice de «La fille de Madame Angot», au Théâtre de la Monnaie dont il aimait les spectacles. Il était connu dans les milieux du théâtre et quand la nouvelle de sa mort parvint au théâtre de la Monnaie, tout le monde fut consterné. Boulenger aimait beaucoup les enfants qu'il initiait volontiers à l'histoire naturelle et qu'il conduisait au Zoo où il se plaisait beaucoup à cause des singes anthropoïdes auxquels il témoignait une réelle affection. Il s'intéressait énormément aux singes anthropoïdes, jusqu'à posséder un chimpanzé vivant chez lui à Londres. Tous ceux du Zoo le connaissaient et dès qu'il arrivait, c'était une explosion de joie indescriptible... Il fit partager ses goûts pour la Zoologie par au moins deux de ses fils si l'on en juge par le fait que de son mariage à Bruxelles le 4 mai 1878 avec Émilie-Marie Mathilde Heyman, sont nés C.R. Boulenger, ancien secrétaire du Gouverneur de la Banque d'Égypte au Caire, Ch. L. Boulenger, professeur de Zoologie à l'Université de Londres et E.G. Boulenger, directeur de l'Aquarium de la Zoological Society de Londres.
Son œuvre monumentale lui valu le respect et l'admiration de tous et de nombreux honneurs
l'assaillirent de toutes parts : Docteur honoris causa des Universités de Louvain (Sciences), Grisson (Philosophie) et St Andrews (Droit), Correspondant de l'Institut de France, Associé de l'Académie Royale de Belgique, Membre de la Société Royale de Londres, Membre étranger de l'Académie Royale de Suède, Membre correspondant de l'Académie Royale de Turin, membre correspondant de l'Académie des Sciences de Philadelphie et de l'Académie des Sciences de New York, Membre de la Société zoologique de Londres, Membre honoraire de la Société Zoologique de France. Il fut Président de la Société Royale Zoologique de Belgique et de la Société Scientifique de Bruxelles (1921-22), de la Section Zoologique de la British Association (1905), de l'Union of South Eastern Naturalists (1901), Président d'honneur de la Société Zoologique de France (1900) et du Cercle Zoologique Congolais du Musée de Tervuren  (1927-37). Vice Président de la Société zoologique de Londres (1903-1911), Vice-président de Marine Biological association (1919-1937) et de la Société Royale botanique de Belgique (1927-1937) - Grande médaille de la Société d'Acclimatation de France, Officier de l'Ordre de Léopold.
Boulenger avait toujours joui d'une excellente santé lorsqu’en 1936 il fut atteint d'une première crise d'urémie qu'il réussit à surmonter, En juin 1937, il partit pour la Bretagne, en congé annuel comme les autres années, Hélas, Sa maladie reprit brusquement le dessus et il dut être hospitalisé à Saint Malo où il souffrit plusieurs mois avant de décéder le 23 novembre 1937 dans sa 80ième année,
Une longue vie, toute entière consacrée aux sciences naturelles à laquelle il voua toute son énergie. Sa vie est un modèle d'endurance et de persévérance. Il savait ce qu'il voulait et comment il fallait l'entreprendre dès le début de Sa carrière. D'abord établir le bilan des connaissances dans les prestigieuses mises au point de ses catalogues, ensuite entreprendre des monographies faunistiques sur des régions inexplorées par étapes successives. C'est par exemple la faune d'eau douce des Poissons d'Afrique qui fit l'objet de travaux préliminaires dans ses faunes régionales du Congo et du Nil, du Tanganyika etc. avant la grande entreprise du " Catalogue of Fresh-¬Water fishes of Africa ". Tous ses projets grandioses ont abouti. Le succès a toujours couronné ses efforts. Il a toujours terminé ce qu'il avait entrepris. Toutes ses œuvres nous restent, plus utiles et plus grandes au fur et à mesure que le temps passe, pour nous servir d'exemple et de base.
                                                                                 Max POLL.
 

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